Ca y est, je l’ai envoyée. Dans quelques jours, je devrais recevoir la carte d’étudiant, qui certifiera que je suis désormais inscrite en première année de licence de psycho par correspondance.

Moi. Je vais être étudiante à nouveau. J’ai encore du mal à me faire à cette idée. Il paraît que je vais même pouvoir avoir des réducs dans les musées avec ma carte. Comme une vraie étudiante.

Mais je ne me sens pas étudiante du tout. Je me sens mère, je me sens salariée, je me sens adulte, je me sens femme. Mais pas étudiante. Une étudiante est plus libre. Elle peut sortir quand elle veut, s’isoler pour bosser des weekends entiers sans culpabiliser parce qu’elle ne voit pas assez ses enfants. Une étudiante peut aller en cours et écouter de vrais profs. En live. Moi je n’aurais pas tout ça.

C’est drôle tout de même parce que quand j’étais étudiante en vrai, je ne rêvais que d’une chose : arriver enfin dans la vraie vie. Je crois que j’y suis, là, dans la vraie vie. Un mec, deux enfants, un grand appartement, un CDI. Tout comme il faut. En plein dans la vraie vie. Jusqu’au cou.

Sauf que dans ma hâte d’arriver là, j’ai pris un mauvais virage. J’ai un bon boulot, pas trop compliqué, pas trop nul, plutôt bien payé. Mais je suis arrivée là par hasard. Jamais je me suis dit : « Mais bon sang mais c’est bien sûr ! Voilà ce que je veux faire quand je serai grande ! » en pensant à mon boulot actuel. Et quand je pense que je devrais faire ça encore au moins 30 ans avant la retraite…

Non. En fait je préfère pas y penser. Parce que de toute façon, cette fois c’est la bonne. Je ne vais pas faire ça encore 30 ans, je le sais maintenant.

Parce que dans 5 ans, je serai psychologue.