Ce matin j’ai décidé de faire une pause : pas de musique classique et pas de lecture des « Origines du caractères » de Wallon dans le métro. J’ai chaussé mes écouteurs, réglé mon iPod sur Coldplay, et passé 30 minutes à juste regarder les gens.

J’aime beaucoup faire ça. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’observe les gens et je me raconte leur histoire.

Ce matin, debout en face de moi, une fille toute fine parlait à un jeune homme noir. Elle avait une coiffure étrange, complètement ébouriffée et pourtant étudiée, avec des barrettes de tous les côtés, comme si elle était en train d’essayer de se faire des dreadlocks avec ses cheveux bruns tous lisses mais qu’elle n’y était pas encore. C’est pour ça que je l’ai remarquée d’ailleurs.

Elle était de dos et je ne voyais pas son visage alors je me suis mise à l’observer lui. Et ce qui m’a frappée, c’est qu’il avait l’air complètement fasciné par elle. Je n’entendais pas leur conversation, toute prise dans mon Coldplay, mais tout dans son attitude corporelle voulait dire « Wow ! Je suis pas sûr de comprendre ce que tu dis, mais en tous cas t’es géniale ». C’était comme écrit sur son front en grosses lettres de néon. Il la laissait parler et approuvait immédiatement tout ce qu’elle disait avec un sourire et un hochement de tête un peu trop enthousiaste. Il n’arrivait pas à détacher ses yeux d’elle pendant plus d’une seconde. Et quand elle est partie, il est resté là à se mordiller la lèvre inférieure, un léger sourire étourdi sur son visage.

J’adore ce genre de scène. Je crois que c’est aussi pour ça que j’ai envie d’étudier la psychologie. Pour étudier tous les petits signaux qu’on envoie aux gens sans s’en apercevoir, et souvent, sans qu’ils ne s’en aperçoivent non plus. Ce genre de petits signaux qui font qu’on perçoit le désir dans les actes de quelqu’un sans même qu’il ouvre la bouche, qu’on « cerne » certaines personnes mieux que d’autres, qu’on identifie un hypocrite en moins de deux et qu’on fait confiance à un inconnu sans trop savoir pourquoi.

D’ailleurs, dans le langage courant, on dit bien de quelqu’un qui détecte mieux qu’un autre ces petits signaux qu’il est « fin psychologue », non ?